Ce que les chiffres disent vraiment : quelques kilos, surtout une autre répartition
L’étude SWAN, qui suit depuis 1996 plus de 3 000 femmes américaines au cours de leur transition ménopausique, sert de référence sur cette question. Elle retrouve une prise de poids progressive autour de la cinquantaine, qui débute plusieurs années avant les dernières règles (établi).
Les sociétés savantes, dont l’International Menopause Society, en résument l’ordre de grandeur : environ un demi-kilo par an en moyenne en milieu de vie, avec de grandes différences d’une personne à l’autre. Une partie de cette hausse s’observe aussi chez les hommes du même âge.
Quelques repères chiffrés
≈ 0,5 kg par an
c’est l’ordre de grandeur de la prise de poids moyenne en milieu de vie chez les femmes.
International Menopause Society, Climacteric, 2012
80 cm
de tour de taille marquent chez la femme le seuil d’un risque cardiométabolique accru, 88 cm celui d’un risque nettement accru.
Organisation mondiale de la Santé
20 à 60 ans
c’est la période où la dépense énergétique reste stable à corpulence égale, d’après plus de 6 400 mesures.
Pontzer et al., Science, 2021
51 ans
c’est l’âge moyen de la ménopause en France.
Inserm
Le message utile n’est donc pas « la ménopause fait grossir », mais « la ménopause change la composition du corps ». Deux personnes au même poids peuvent avoir des profils de santé très différents selon leur masse musculaire et la place de la graisse abdominale.
Pourquoi le ventre change : œstrogènes, muscle et graisse profonde
Avant la ménopause, les œstrogènes favorisent un stockage de la graisse sur les hanches et les cuisses. Quand leur taux baisse, le stockage se déplace vers le ventre, et notamment vers la graisse viscérale, celle qui entoure les organes (établi).
Une analyse de la cohorte SWAN publiée dans JCI Insight en 2019 a précisé le calendrier : la masse grasse augmente plus vite et la masse maigre diminue dès les deux années qui précèdent les dernières règles. Les deux courbes se stabilisent environ deux ans après la ménopause.
Le tour de taille se mesure debout, à mi-distance entre la dernière côte et le haut de la hanche, en fin d’expiration calme. Un relevé tous les quelques mois, toujours dans les mêmes conditions, donne une tendance plus parlante qu’une pesée quotidienne.
Le métabolisme ne s’effondre pas à 50 ans : d’où vient alors l’écart
L’idée d’un métabolisme qui « ralentit d’un coup » ne résiste pas aux mesures. L’étude de Pontzer et ses collègues, publiée dans Science en 2021, montre qu’à corpulence égale la dépense énergétique reste stable de 20 à 60 ans et ne baisse qu’ensuite (établi).
L’écart vient plutôt d’une accumulation de petits changements simultanés. Moins de muscle signifie un peu moins de dépense au repos. S’y ajoutent souvent une activité physique qui diminue, un sommeil abîmé, la charge familiale ou professionnelle de cette période, et parfois des traitements.
| Facteur | Ce qui se passe | Ce sur quoi il est possible d’agir |
|---|---|---|
| Perte de masse musculaire | Elle s’accélère pendant la transition ménopausique | Renforcement musculaire régulier, apport suffisant en protéines |
| Sommeil fragmenté | Sueurs nocturnes et réveils perturbent les hormones de l’appétit | Traiter les bouffées de chaleur, protéger les horaires de sommeil |
| Activité en baisse | Moins de déplacements actifs, douleurs articulaires, manque de temps | Activité fractionnée dans la journée, marche rapide, vélo |
| Alcool | Apport calorique, sommeil plus léger, bouffées de chaleur plus fréquentes | Réduire la quantité et le nombre de jours de consommation |
| Médicaments | Certains antidépresseurs, corticoïdes ou antipsychotiques favorisent la prise de poids | En parler à la personne qui prescrit, sans arrêter seule |
Sommeil et bouffées de chaleur : le lien le plus souvent oublié
Les nuits courtes ou hachées modifient la régulation de l’appétit : la ghréline, qui stimule la faim, tend à augmenter et la leptine, qui signale la satiété, à diminuer. Des études expérimentales associent ce dérèglement à une attirance accrue pour les aliments sucrés et gras le lendemain (probable).
Pendant la périménopause, les sueurs nocturnes sont l’une des premières causes de sommeil fragmenté. Les soulager peut donc agir indirectement sur le poids. Les options disponibles, hormonales ou non, sont détaillées dans notre guide sur les bouffées de chaleur et ce qui les soulage.
Le traitement hormonal de la ménopause fait-il grossir ?
C’est une crainte fréquente, et souvent une raison de refuser le traitement. Une revue Cochrane qui a regroupé les essais comparant le traitement hormonal à un placebo n’a pas retrouvé d’effet sur le poids ni sur l’indice de masse corporelle (établi).
Certaines études suggèrent même une accumulation de graisse abdominale un peu moindre sous traitement, mais l’effet reste modeste (débattu). Le traitement hormonal se discute pour des symptômes gênants, selon les antécédents et les risques de chacune, jamais comme une méthode pour perdre du poids.
Ce qui aide vraiment : le muscle d’abord, puis le mouvement et l’assiette
L’Organisation mondiale de la Santé recommande aux adultes au moins 150 à 300 minutes d’activité d’intensité modérée par semaine, ou 75 à 150 minutes d’intensité soutenue, et des exercices de renforcement musculaire au moins deux jours par semaine. Ce dernier point est le plus souvent négligé, alors qu’il répond directement à la perte de muscle.
Idées reçues et données disponibles
Ce qu’on entend souvent
- Le cardio est la seule façon de perdre du ventre
- Il suffit de manger moins pour compenser
- Le métabolisme s’arrête à la ménopause
- Les compléments « spécial ménopause » font fondre la graisse
- Tout se joue sur le poids affiché
Ce que montrent les études
- Le renforcement musculaire préserve la masse maigre, que le cardio seul entretient peu
- Une restriction sévère fait perdre du muscle en même temps que de la graisse
- La dépense énergétique reste stable jusqu’à 60 ans à corpulence égale
- Aucun complément n’a montré d’effet démontré sur la graisse abdominale
- Tour de taille, force et tension artérielle renseignent davantage sur la santé
Le renforcement peut se faire sans salle de sport : montées d’escalier, levers de chaise, exercices avec bandes élastiques ou bouteilles d’eau. Ce qui compte, c’est une difficulté progressive et la régularité sur des mois, pas l’intensité d’une séance isolée.
Côté alimentation, le Programme national nutrition santé met en avant les légumes, les légumineuses, les céréales complètes et des protéines réparties sur les repas, avec moins de produits ultra transformés et d’alcool. Ces repères soutiennent le muscle et la santé cardiovasculaire sans demander de compter chaque calorie.
Pourquoi les régimes restrictifs se retournent souvent contre toi
En 2010, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, l’Anses, a évalué les régimes amaigrissants les plus populaires. Son rapport conclut que les pratiques restrictives exposent à des déséquilibres nutritionnels, à une perte de masse musculaire et à une reprise de poids fréquente, souvent au-delà du poids initial (établi).
Autour de la ménopause, ce risque pèse plus lourd : perdre du muscle accentue précisément le changement de composition que l’on cherche à limiter, et fragilise les os. Une perte de poids, si elle est souhaitée, est plus durable quand elle reste lente et accompagnée.
Le regard porté sur un corps qui change compte aussi. Se sentir étrangère à son reflet est une expérience fréquente à cette période ; notre article pour comprendre son image du corps quand on ne se reconnaît plus propose des pistes qui ne passent pas par la balance.
Quand en parler à un médecin, et ce que le bilan peut comprendre
En dehors de ces signes, la consultation de la cinquantaine est un bon moment pour faire le point sur le risque cardiovasculaire. La plupart des professionnels mesurent la tension et le tour de taille et proposent un bilan sanguin avec glycémie à jeun et bilan lipidique, parfois un dosage de la TSH. Les premiers signes de la transition sont décrits dans notre guide sur la préménopause et ses symptômes.
Côté coût, la consultation chez un médecin généraliste en secteur 1 est à 30 euros, remboursés à 70 % par l’Assurance maladie, et les analyses à 60 % sur prescription. Les consultations de diététicien ne sont pas remboursées par l’Assurance maladie, mais de nombreuses complémentaires santé en prennent une partie en charge.
À noter avant le rendez-vous
- l’évolution du poids et du tour de taille sur les deux dernières années ;
- la date des dernières règles et les symptômes de la transition, dont les sueurs nocturnes ;
- les médicaments pris, avec la date de début de chacun ;
- la qualité du sommeil et le nombre de réveils par nuit ;
- l’activité physique d’une semaine habituelle, renforcement compris ;
- les antécédents familiaux de diabète, d’hypertension ou de maladie cardiaque.
Les questions que vous vous posez
Combien de kilos prend-on en moyenne à la ménopause ?
Pourquoi je prends du ventre alors que je mange pareil ?
Le traitement hormonal de la ménopause fait-il grossir ?
Quel sport pour perdre du ventre après 50 ans ?
Le métabolisme ralentit-il vraiment à la ménopause ?
Les compléments alimentaires spécial ménopause aident-ils à maigrir ?
Quand une prise de poids doit-elle faire consulter ?
Ce que cet article ne dit pas. Il donne des repères généraux et des fourchettes, pas un avis sur ta situation. Il ne remplace pas une consultation et ne pose aucun diagnostic. Si un symptôme t’inquiète, s’installe ou change, une professionnelle ou un professionnel de santé reste le bon interlocuteur.
Ce sur quoi nous nous appuyons
- Greendale G. A. et al., « Changes in body composition and weight during the menopause transition », JCI Insight, 2019
- Davis S. R. et al., « Understanding weight gain at menopause », Climacteric, International Menopause Society, 2012
- Pontzer H. et al., « Daily energy expenditure through the human life course », Science, 2021
- Cochrane, Kongnyuy E. J. et al., « Effects of oestrogen and progestogen on body weight in postmenopausal women »
- Organisation mondiale de la Santé, « Lignes directrices de l’OMS sur l’activité physique et la sédentarité », 2020
- Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, « Évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement », 2010